Notes de Nabiha

28 mai 2026

Nabiha Syed tient la main du pape Léon XIV

Le pape à propos de l’IA : trop de pouvoir entre trop peu de mains

Avant toute chose, merci. Depuis 20 ans, vous avez fait vivre notre manifeste et notamment son troisième principe : « Internet doit enrichir la vie de chaque être humain ». Aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle qui vient mettre cette promesse au défi. Nous en sommes convaincus. Et le Vatican aussi.

Le pape Léon XIV a publié la première encyclique de l’histoire moderne de l’Église consacrée à l’intelligence artificielle. Elle s’intitule Magnifica Humanitas (« L’Humanité magnifique ») et porte sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’IA. Il l’a signée le jour du 135e anniversaire de Rerum Novarum, la lettre rédigée en réponse aux bouleversements apportés par la révolution industrielle en 1891. Le choix de cette date est tout sauf un hasard.

Je tiens à remercier le pape Léon d’avoir affirmé, avec tout le poids de sa fonction, ce que n’osent toujours pas dire de nombreuses institutions : la technologie n’est jamais neutre. Elle porte les valeurs de celles et ceux qui la conçoivent, la financent et la gouvernent. Et elle peut, trop souvent, être mise au service des intérêts particuliers plutôt que de l’intérêt collectif. Lorsque le pouvoir numérique, sur les plateformes, avec les données ou par les capacités de calcul, se concentre entre les mains de quelques-uns, il échappe au contrôle du plus grand nombre. Le dire clairement à 1,4 milliard de personnes est un acte de responsabilité morale.

Le pape Léon est une voix parmi d’autres, au sein d’un mouvement de plus en plus large qui rassemble des traditions religieuses, humanistes et laïques. Jusqu’à récemment, ces sujets restaient cantonnés aux cercles spécialisés et n’étaient évoqués que sur des forums spécialisés. Mais aujourd’hui, le monde entier s’en est emparé. Ils sont débattus dans de multiples langues et ont pris une importance morale et politique majeure. Et ce mouvement est de plus en plus puissant.

C’est enthousiasmant. Et pourtant, ce n’est pas suffisant.

Le pape a décrit ce mal : trop de pouvoir entre trop peu de mains. Le remède, ce ne sont pas des milliardaires plus bienveillants ou des monopoles éthiques. Nous ne résoudrons pas ce problème en demandant aux entreprises d’être plus gentilles. Le remède réside dans l’ouverture. Un code ouvert, une gouvernance ouverte, des portes ouvertes aux milliards de bâtisseuses et bâtisseurs. C’est ce que Mozilla défend depuis 2007. Nous ne cherchons pas à remplacer un gagnant par un autre. Nous cherchons à construire un monde où chacune et chacun peut réellement créer pour lui. Un monde où la question « Qui est gagnante ou gagnant ? » n’a plus lieu de se poser, parce que chaque personne est partie prenante.

La semaine dernière, j’ai eu le grand honneur de rencontrer le pape Léon XIV en personne. Je portais un ajrak, ce coton indigo imprimé à la planche, porté de génération en génération par les habitants de la région du Sindh au Pakistan. Ses motifs remontent à des milliers d’années et se sont transmis de siècle en siècle. Ils témoignent de la présence et du travail humains à travers le temps. Ils sont tout le contraire de quelque chose produit à la va-vite par une machine.

Je l’ai porté pour ne pas oublier, dans cette pièce, que le futur n’efface pas le passé. Il se fabrique avec lui.

Six mois avant cette encyclique, le pape écrivait que les êtres humains sont appelés à être des co-créateurs et non de simples consommateurs de ce que produisent les machines. Nous partageons cette conviction. Notre mission est de veiller à ce que le « métier à tisser » reste accessible à toutes et à tous, afin que le plus grand nombre puisse tisser les prochains motifs, dans la diversité des traditions.

C’est cela, notre mission. Et dans les prochains mois, nous vous présenterons de nouvelles façons d’y contribuer.

Nabiha Syed

Directrice exécutive

Fondation Mozilla